lundi 11 mai 2015

Et n'oublie pas d'être heureux


Le 5 mars dernier, j'ai eu la chance d'assister à une conférence sur la psychologie positive, animée par Christophe André*

Je vous en livre ici les grandes lignes, les aspects qui m'ont particulièrement plu, et des ressources pour mettre en application ces enseignements.

Les grands concepts de la psychologie positive : 

  • Elle est basée sur des travaux scientifiques
  • Elle se centre sur les "favorisants au bonheur"
  • Elle encourage le développement des comportements positifs
  • Tout être humain peut élever son niveau de bonheur. Au delà des tendance génétique à la positivité (50%) et des circonstances (10%), les activités volontaires représentent les 40% restants. 
  • Comme toute activité, elle nécessite un entraînement régulier.
  • Cet entraînement modifie, progressivement et à long terme, nos câblages neuronaux, et donc nos automatismes émotionnels et comportementaux
  • L'objectif est un équilibre émotionnel dans lequel les émotions "positives" sont plus fréquentes que les "négatives".
  • LE BONHEUR ET LE BIEN-ÊTRE SONT DÉPENDANTS DE NOS ACTIONS
La psychologie positive ce n'est pas :
  • Le développement personnel (basé sur l'effort et les stratégies, sans réelle validité scientifique, et centré sur les entraves)
  • La pensée positive (qui tourne le dos aux difficultés)

Comment être heureux ?

Alors, pourquoi ne parvient-on tout simplement pas à appliquer les grandes platitudes que les grands sages nous enseignent depuis des millénaires (profiter, vivre en paix, vivre l'instant présent, ...) ?

Les émotions sont physiologiques. Elles existent dans tout le règne animal.
Lorsqu'un animal est en danger, son corps se prépare à la fuite. Son acuité augmente, sa réactivité et sa capacité à fuir également.
Ceci est transposable à l'homme. Quand il se sent en danger / qu'il est déprimé, l'homme se focalise sur les détails. Il va donc se concentrer sur toutes les petites choses qui posent problèmes dans sa vie.

A l'opposé, quand nous sommes calmes et sereins, nous pouvons ouvrir notre horizon à la beauté du monde, notre champs de perception augmente et les détails négatifs sont noyés et disparaissent au profit de la sensation de plénitude.

En ce sens la pratique de la générosité et de l'altruisme augmentent les émotions positives en mettant en place un cercle vertueux : je donne aux autres (du temps, de l'argent, de l'écoute, ...) je me sens bien, donc je m'ouvre davantage et je vais pouvoir donner plus, etc.

A l'inverse, quand nous sommes déprimés / en souffrance, nous nous focalisons sur notre douleur. L'altruisme devient alors impossible.

Quand un enfant se sent agressé, blessé, il n'est pas rare de le voir courir chercher son doudou et lui faire un câlin. En bref : il se fait du bien.
Je crois que nous adultes, nous avons oublié comment nous faire du bien, c'est assez mal vue dans notre société.
C'est bien dommage car on vit plus longtemps quand on met en place des stratégies de réparation !
Le système immunitaire est protégé par les émotions positives, avec un effet positif aussi puissant que peut l'être le tabagisme en négatif, imaginez ! Cultiver son bonheur, c'est rester en bonne santé.

Quelle est la recette du bonheur ?

Il ne s'agit pas d'être béat de bonheur en permanence, mais d'équilibrer nos émotions positives et négatives. Pour cela concentrons nous sur notre journée.
  • Un être humain "normal" va ressentir une proportion de 3/4 d'émotions positives pour 1/4 de négatives.
  • Un anxieux aura moitié émotions positives moitié émotions négatives
  • Un dépressif aura 3/4 d'émotions négatives.

Quel est le chemin vers le bonheur ?

  • Être heureux quand tout va bien (ne pas gâcher l'instant présent)
  • Essayer d'être heureux quand il ne se passe rien dans notre vie
  • Essayer d'être heureux dans l'adversité
Le bonheur n'est pas le but, mais le moyen de la vie - Paul Claudel

Quelle est l'équation du bonheur :

Le bien-être est une notion animale. Le bonheur c'est un peu plus.
BONHEUR = BIEN-ÊTRE + CONSCIENCE
Nous pouvons agir sur le paramètre conscience. Nous pouvons d'une part augmenter le nombre de moments agréables, mais nous pouvons aussi prendre conscience que de tout petits moments de notre journée sont agréables pour nous, nous pouvons nous en réjouir, en profiter, nous y prélasser tranquillement.
Nous pouvons nous endormir en pensant à trois choses positives de notre journée, et les revivre dans notre corps. Comme un muscle à travailler quotidiennement.
Nous pouvons renforcer le sentiment de bonheur par le mécanisme de gratitude (sentiment de dette joyeuse).
Enfin, nous pouvons profiter des moments d'attente (chez le médecin par exemple) pour ne rien faire, sentir la salle d'attente autour de soi, le contact de la chaise, notre état intérieur.

Quels sont les freins au bonheur ?

Le premier c'est les écrans. C'est un temps retiré à la famille et à soi, à la contemplation.
L'imagerie neuronale nous indique que des zones du cerveau sont activées quand on ne fait strictement rien. Or, dans notre société, c'est extrêmement rare, nous sommes en permanence sollicité par nos mails, sms, coups de téléphones etc.
Prendre un temps pour méditer, contempler, ne rien faire, c'est laisser ces zones s'activer, s'ouvrir à l'introspection et à la créativité.
Le second, c'est la rumination. Si pendant ces temps d'inaction, nous en "profitons" pour ruminer les évènements négatifs, alors nous traçons des "autoroute neuronaux" et nous renforçons encore et encore notre déprime.

Et les enfants dans tout ça ?

Oui vous allez me dire, c'est bien joli, mais que vient faire cet article sur ce blog ? Et bien, au delà du fait que les enfants ont besoin de parents épanouis, je crois que nous pouvons retirer de cet enseignement quelque chose à transmettre à nos enfants pour les autonomiser davantage.

Nous n'apprenons pas à favoriser les comportements qui nous font du bien à l'école. Les émotions sont totalement absentes du programme éducatif alors que cela me semble être incontournable !

Christophe André est confiant en disant en fin de conférence que la psychologie positive est minoritaire pour l'instant mais qu'elle est en passe d'être intégrée à la psychologie générale et donc aux grandes institutions.

Alors, en attendant, peut-être qu'en tant que parents, nous pouvons transmettre des choses simples à nos enfants. Par exemple, le plaisir de donner à autrui, le plaisir de passer du temps avec eux sans rien attendre en retour.
Nommer nos propres émotions, les leurs. Passer des moments inoccupés. Ne pas chercher à les occuper à tout prix. Leur apprendre à s'ennuyer.

Dans le même registre, nous pratiquons à la maison "la ronde des mercis".
A la demande d'un membre de la famille, nous nous mettons en cercle en nous tenant la main et tour à tour, nous remercions quelqu'un ou quelque chose pour un moment agréable de la journée. Par exemple "Je remercie le soleil pour cette belle journée", "Je remercie A pour son câlin ce matin qui m'a remplie de bonheur" "Je remercie Papa d'avoir préparé un si bon repas ce soir", etc...
Attention, la ronde des mercis, ce n'est pas la ronde des "désolée pour" ou des "oui mais". On remercie, personne ne fait de commentaire, pas de jugement. On écoute, on reçoit et on profite !!

J'ai retrouvé ce concept dans un trés beau livre pour enfant écrit par Catherine Dumonteil-Kremer, trés accessible : Agathe et les petits bonheurs.

Je vous propose également la lecture du livre "Calme et attentif comme une grenouille" qui propose des méditations guidées (sur un CD) pour les tout petits jusqu'à très grand. Beaucoup de succès à la maison. Au moment de dormir c'est encore mieux.

Dans un registre différent, le livre de Catherine Dumonteil-Kremer "Jouons ensemble autrement" regorge d'idées de jeu pour se reconnecter à la famille, passer du temps ensemble et jouir des petits moments merveilleux que nous offre la vie.

Et enfin, pour vous adulte, un bouquin que je n'ai pas encore lu, mais qu'il faut absolument que je mette dans ma toread-list, "Bien dans sa cuisine" d'Isabelle Filliozat. Un hymne à la méditation et à la pleine conscience en cuisinant. (Juliane, si tu lis ces lignes, pense à moi :-))



L'impact de ces petits moments est non négligeable. Non seulement à l'instant présent mais pour la vie future de notre progéniture.
Quand un enfant connaît ses émotions, sait les gérer et sait se faire du bien, alors il acquiert une stabilité inébranlable. Il devient solide face aux tempêtes de la vie et profite de ce qui lui est offert.

Il devient acteur de son bonheur, tout simplement.

Et il vit plus longtemps et en meilleure santé ! Nous avons donc tout à gagner à prendre soin de nos petits moments de bonheur et à leur apprendre à faire de même.

Au delà de la personne, favoriser les comportements positifs et le bien-être des hommes, c'est étayer l'humanité, la lier, lui permettre d'évoluer vers des lendemains plus pacifistes et joyeux.

Soit le changement que tu veux voir dans le monde - Gandhi


* Pour mémoire, Christophe André est l'auteur du livre "Imparfaits, libres et heureux" dont je vous ai parlé dans un article précédent

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